Des alligators et des minettes

L’homme de Lake Martin, le Bear Grylls du Bayou, (plus « wild » qu’un alligator, qu’est-ce?) le chasseur d’alligators à main nues…

C’est lui, Norbert LeBlanc…

C’est une vedette, tapez son nom dans Google, encore mieux, dans Youtube, vous l’aurez tel que nous l’avons rencontré: il est humble, il est drôle et il a un physique… et il parle français comme un « cadien »…
Pour la faire courte, suite au » Grand Dérangement », certains français de la Nouvelle Ecosse ont  été expulsés ou ont décidé de migrer (notamment) chez leurs cousins du Sud, en Louisiane.

Nous voilà donc partis sur le Bayou dans un canot à fond plat, les enfants vétus d’un gilet de sauvetage… j’aurais préféré un fusil à pompes… mais je n’ai rien dit, je ne voulais pas passer pour la touriste de base, effrayée par la perspective de passer 2h dans dans des marais troubles où vivent quelques 1200 alligators certains de plus de 4m de long.
On a sa dignité, après tout…

Nous avons salué les autres passagers du bateau, nous étions tous francophones, touristes et vacanciers, tous dans la bonne humeur, heureux de partager un moment exceptionnel.
Ben oui, parce qu’à part des crabes, j’ai jamais vraiment approché des trucs qui mordent dans l’eau.
Norbert nous a prévenu dès le départ que la saison était déjà bien avancée et qu’il était possible que l’on n’aperçoive pas d’alligators…
Alors, quand le premier a montré le bout de son nez, et qu’il a annoncé :
« Cuilà il est en plastique, j’l’ai mis ce matin pour les tourrristes »…
J’ai hésité à faire la photo… il bougeait pas et nous observait d’un oeil éteint.
Pas Norbert, le croco.
Du coup, je n’osais pas le prendre en photo ouvertement, surtout que personne ne se précipitait pour le photographier, et puis ça ricanait à l’avant du bateau…

Quand on a été suffisamment prêts, je me suis dit que c’était une belle imitation…

Au 2ème, j’ai compris… et je ne devais pas être la seule vu le remue-ménage sur la barquasse…

Après, c’était un vrai défilé, à croire qu’ils s’étaient passés le mot:

 -Dis donc, Gégé, j’crois qu’cest la dernière barque de touristes d’ l’été, on va s’en jeter un p’tit derrière les canines?

Lui, je l’aime bien, il trempe une patte nonchalamment, très photogénique… Après, il a sauté dans l’eau et là, je l’aimais moins, parce que ce gros pépère, il faisait plus de 3m, et je préférais le voir fignoler son bronzage que l’imaginer sous la barque…

Une dame a demandé:
« -C’est quoi la différence entre un alligator et un crocodile? »
« Ben, si c’étaient des crrrrocodiles, ils aurrraient déjà sauté dans l’bateau, l’alligator, il est pas courageux. »

Après le 10ème bestiau, il commençait à faire chaud et puis serrer les fesses aussi longtemps c’est fatigant, alors, comme Norbert, il prend soin de ses touristes et puis qu’il les connait bien, il s’est « garé »… dans un coin du bayou… (ce qui ne m’enchantait pas, la cible mouvante est toujours plus difficile à atteindre…) et il a sorti sa gnôle maison!!
J’vous ai dit, il a des origines françaises…
Il a sorti sa valise dans laquelle, il y a :
-des verres, des albums photos de sa grande époque de chasseur et des magazines tels que Grands Reportages et National Geographic dans lesquels on le retrouve en photo au détour d’un article sur les Bayous…
Il nous a raconté sa première pêche et sa frayeur lorsqu’il est tombé à l’eau, entraîné par l’alligator qui avait mordu à l’hameçon… et puis sa conclusion:

 « J’ai comprris que j’savais courrrirrr surrr l’eau… »

Dans le bayou, il n’y a pas que des alligators, il y a des tortues d’eau qui prennent le soleil sur des nénuphars, des oiseaux et :

Des « grrrands hérrrons bleus »…

des « cyps », des cyprès, au bois imputrescible, avec des « g’noux », les racines qui sortent de l’eau…

De la mousse espagnole, qui pend des arbres…

Des arbres qui ont des centaines d’années…

Et puis beaucoup de poésie et de passion.
Vous l’aurez compris, on a A-DO-RE notre balade, et je pense souvent à Norbert, le Cadien, sa « casquette de cadien » en carapace de tortue. Il est le dernier à faire visiter le bayou avec son respect, son humilité et sa culture, il parle français comme peu de personnes parlent encore le français en Louisiane.
Il l’a appris avec ses parents et ses grands parents, alors que Napoléon a vendu la Louisiane en 1803 et que l’usage du français est interdit en Louisiane dans les écoles et les lieux publics depuis 1913.

Parenthèse culturelle terminée, âmes sensibles s’abstenir:

La prochaine fois, je parlerai des espèces agressives que l’on trouve sur Bourbon St à La Nouvelle Orléans…



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *