L’Amour dure 3 ans

Apparemment, quand on célèbre un anniversaire un peu particulier, il est de bon ton de faire THE bilan. Perso, je ne sais pas trop, je suis intimement convaincue que le temps n’est pas cyclique mais linéaire et je m’octroie donc le droit de vieillir uniquement lorsque je suis prête et d’humeur.

Par contre, j’ai plusieurs raisons de célébrer cette fois sans prendre une ride:
Tout d’abord, je viens de pénétrer dans mon 17ème état américain et j’en suis super fière. Sauf que ce n’était pas un road trip, du coup, j’ai été volée sur la quantité et la qualité du voyage parce que les sky trips c’est moins rigolo et plus stressant, du coup, je m’inquiète, du coup, je me ride, du coup, je vieillis et du coup je dois réévaluer mon âge. Et le personnel de bord a beau être sympathique, on rencontre moins de monde, la découverte gastronomique est sérieusement restreinte, et tu peux pas acheter du fudge, des milk skakes et des magnets sur le chemin des toilettes, sans déclencher un regard inquiet de l’hôtesse.
Et oui, à l’occasion de notre voyage annuel dans la mère patrie, nous avons fait une petite halte dans un petit village de charme sur la côte Atlantique qui se nomme New York, je sais pas si tu connais.

Le principe était surtout de s’arrêter sur le trajet, un peu comme une énorme pause pipi sur la route des vacances. 

Surtout que vu les odeurs dans la rue, c’était super propice, pas besoin de se concentrer, le cerveau se dit: « Ah! Je reconnais cette odeur d’urine. Hé! En bas, préparez-vous, on doit pas être loin d’une aire d’autoroute! »
Perso, je m’attendais au mieux, à avoir une épiphanie ou un truc du genre en arrivant dans la grosse pomme, surtout qu’avant de se poser, on a survolé la Statue et là ça m’avait un peu mis les poils comme dit Jennifer, la poétesse de The Voice, au pire, des trémolos dans la voix au moment de repartir.
Finalement, New York, c’est tout ce que j’attendais.
Une ville qui va te saouler jusqu’à la gueule de bois. Tu en prends pleins les yeux, les oreilles, les pieds et pas mal dans le nez.

On a tenté d’analyser l’étendue des dégâts.
Pourquoi on n’est pas tombé en pâmoison?  Comment annoncer que t’as pas epiphané à NY sans passer pour un rabat-joie, un peu blasé? 
Déjà, on a évité les discours du genre: « NY? Mouais… bof, tu sais quand t’as vu la skyline de L.A., la chaleur de Savannah, la marée humaine de Vegas, tu sais NY c’est un peu show off, tu vois? »
-D’abord, on s’est dit qu’après trois ans de vie texane et de road trips, ben, New York, c’est un peu un pétard mouillé. On aurait eu un plus gros choc en la découvrant, vierges de l’Amérique.
-Ensuite, en arrivant tout frais de notre Texas, où la vie se fait dans des espaces à perte de vue, où le stress de la vie quotidienne revient à peu près à se demander si chez Starbuck’s, y’aura mon « Peach ice tea lemonade, version thé vert », on s’est dit que pour sûr, on n’est pas des citadins. La surprise à l’arrivée quand tu regardes tes photos et que tu découvres que la libellule perdue sur Times Square a autant de clichés que l’Empire State Building le soir du 4 Juillet!
Ouais, je sais, ça fait bête, hein, mais vraiment, pendant ce voyage, j’ai compris un truc; c’est que clairement, ils ont beau vivre aux Etats- Unis, les américains vivent quelquefois dans deux pays différents.

– Je pourrais parler de la saleté et des odeurs des rues pendant un moment mais après on pourrait croire que je n’ai pas aimé cette ville, ce qui est faux, c’était un chouette voyage, une belle semaine, des endroits mythiques enfin découverts, une sorte de voyage initiatique nécessaire quand t’es un voyageur compulsif.

Bref, on a visité New York. Mais au départ c’était pas de ça que je voulais te causer, d’où ma deuxième raison de célébrer.
Voilà, demain, ça fera trois ans que nous avons débarqué au Texas. 
Trois ans déjà que j’ai écrasé ma larmichette en regardant par le hublot et en me disant « Ça y est, je vais vivre en Amérique! »
Après la trouille, l’euphorie, la nostalgie et l’inquiétude des débuts, il reste quoi?
Même si on a eu des moments de merde, même si j’ai paniqué, pleuré, et enragé plus d’une fois, je crois que le bilan est positif, on est heureux et on a pas mal évolué, en bien quelquefois, au cours de ces 3 dernières années.
-Dorénavant, j’éternue et je tousse dans mon coude. On pourrait discuter de mon choix de placer cette « évolution » en premier, mais c’est quand même un truc super important l’hygiène, et t’as pas vu la tête d’un autochtone à qui t’empruntes sa souris après avoir éternué dans ta main en pleine épidémie Ebola…
-Je ne klaxonne plus au volant et si je hurle des insanités aux conducteurs texans trop mous ou empotés, c’est en toute discrétion, dans ma voiture, vitres teintées fermées. (Oui, à ce sujet, on devrait sérieusement repenser le problème du permis à 16 ans avant ton départ, Barack.) Je me suis considérablement calmée avec un volant entre les mains et je tiens à présenter mes excuses à la personne que j’ai poursuivi en klaxonnant dans la zone industrielle de F. le 8 du mois dernier en France, sur plusieurs mètres, en criant fenêtres ouvertes: « Rentre chez toi connard », je me rends compte que c’était déplacé et injustifié mais que voulez-vous, j’avais 3 ans d’arriérés et ça avait besoin de sortir.
-J’essaye de moins me plaindre et j’évite de faire tout un plat quand je suis contrariée en public… Je tiens quand même à dire que les français sont peut-être râleurs, mais on n’est pas des moutons et je trouve que c’est une qualité malgré tout.
– Je trouve normal de faire mes courses à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, en ayant toutefois une pensée pour les personnes qui me servent, qui elles, préféreraient être en France; parce que sérieux, je ne me souviens plus comment on faisait, mais s’alimenter le dimanche soir après 19h relève du défi.
-Je peux faire la maligne à la fête foraine en tirant à la carabine, faire carton plein et me plaindre (sic) que « la carabine est trop lourde parce que  je préfère définitivement les pistolets ».
Au final, le bilan est positif, à moins que l’on soit devenu des crétins imbuvables et que les copains fassent semblant de nous supporter deux semaines par an.



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