Caddo Lake, de l’écologie et des araignées velues

Photo du Caddo Lake, au Texas, des cyprès les pieds dans l' eau.

Vivons chaque année d’expat comme si c’était la dernière, c’est devenu notre slogan. C’est récent. Bon, en fait ça date du jour de la rentrée. J’aurais du travailler dans le marketing ou la pub, peu importe, t’as compris l’idée.
Les photos de serial bloggeurs en goguette sur les routes américaines nous ayant sérieusement motivé, nous avons donc mis le cap à l’Est, ce week end, du côté de la frontière avec la Louisiane.
Depuis trois ans que nous remettions ce voyage à plus tard, il devenait urgent d’aller voir là-bas ce qu’il s’y passait.

A Caddo Lake, on a du mal à croire que nous nous trouvons toujours au Texas, à l’arrivée au Visitor Center. L’air embaume le pin, on se croirait dans une pub Vicks. On décide de faire une visite guidée accompagné d’un Park Ranger, qui doit nous expliquer la faune et la flore de cet écosystème unique dans l’état, dont les espèces endémiques sont menacées par la prolifération des barrages en amont et par l’expansion des populations, toujours plus nombreuses à venir s’installer dans cet eldorado que représente le Texas pour beaucoup.
Ça, c’était « ma phrase percutante Nicolas Hulot ».

Je pourrais dire que je vais m’arrêter là, mais en fait, ce speech un peu écolo se fait rare autour de nous. Le mot écologie n’existe pas vraiment dans le discours quotidien. Le Texas a fait face à des inondations impressionnantes au printemps et plus d’une fois les routes ont été coupées autour de nous, des rivières bouillonnantes remplaçant les habituels petits gués où se prélassent tortues et hérons tout au long de l’année.
On a accusé EL Nino de passage cette année. On accuse le réchauffement climatique.
Le Texas va-t-il se réveiller tardivement? Ou ne pas se réveiller du tout?  Tout comme ce bon Ted Cruz qui met en doute un quelconque réchauffement climatique… et se compare à Galilée face aux « flat earthers », (ceux soutenant la théorie que la Terre est plate). Le sénateur Ted Cruz a l’air d’être un aussi brillant historien que cuisinier, tout ça me laisse songeuse.

Les nappes phréatiques sont donc pleines, les lacs et les rivières sont à leur niveau maximum, et le Texas a pu souffler un soupir de soulagement, après des années de restriction d’eau.
Depuis que nous sommes arrivés, i.e. 3ans pour les deux du fond qui ne suivent pas, nous n’avions le droit d’arroser notre jardin que deux jours dans la semaine entre 8h du soir et 10h du matin.
Ce que tout notre voisinage s’empressait de faire, deux fois par jour pendant plus d’un quart d’heure à chaque fois et même sous la pluie.

Si ça parait aberrant, attends de savoir que tous les jours, les repas de la cantine sont distribués dans des couverts et plateaux jetables, sachant que le tout finit bien souvent entièrement à la poubelle, non trié, of course.
Ou encore la toute récente acquisition par la ville de mon domicile de poubelles à roulettes pour le recyclage. Jusqu’à présent, le recyclage se faisait dans des caisses qu’il fallait transporter dans la rue, très pratique pour les personnes âgées ou handicapées…
Des poubelles à roulettes pour le recyclage, sauf que bien souvent, tu aperçois les sacs d’ordures ménagères qui en débordent, même si un énorme autocollant explique le tri sur le rabat de la poubelle.
Y a-t-il plus énervant que ces gens qui s’obstinent à t’expliquer que « Nan, môa, tu vôaa, je ne trie pas de toute façon à l’arrivée, les poubelles vont au même endroit, c’est de la poudre aux yeux tout ça… »

Alors, oui, le discours de certains Park Rangers me touche d’autant plus que la vie quotidienne ne m’a pas encore démontré que l’écologie est importante aux yeux d’une majorité de texans. Et le Texas a beau posséder le deuxième plus grand parc d’éoliennes au monde, je te dirai bien que ça me fait rigoler doucement, si ce n’était pas aussi triste de regarder les photos satellites de certaines régions du Texas où la végétation n’existe plus, brûlée par le « fracking », la recherche du gaz de schiste, mais a laissé la place à des taches régulières au niveau des puits.
Mais comme dirait un type de notre connaissance: « Putain, que j’aime ce pays! » parce qu’il venait de toucher un gros chèque, le fracking ayant lieu sous sa maison.
Ne me lance pas sur la visite d’Obama en Alaska, le seul point positif finalement, c’est qu’il va participer à l’émission de  Bear Grylls!

Aigrette au milieu des cyprès de Caddo Lake

La visite guidée était un bon moment, surtout que la Ranger n’était pas débordée, nous étions seuls avec elle!
Nous avons donc découvert ce qu’est le poison ivy, et comment le reconnaître: branche à trois feuilles et lianes velues.
Nous en avons appris un peu plus sur la création du CCC (Civilian Conservation Corps) créé par Roosevelt pendant le New Deal:  pour remettre les jeunes chômeurs au travail tout en construisant les bâtiments de ce qui sont devenus des State et National Parks à travers les Etats Unis.
Nous avons appris pourquoi Woody Woodpecker est affublé d’ un rire hystérique et pourquoi il tape comme un sourd sur les arbres: pour se nourrir et pour délimiter son territoire.

Les canoes de Caddo lake, alignés au bord du lac, prêts pour la balade.

On a ensuite loué un canoé et fait un tour sur le lac. Bon, l’eau n’était pas super engageante, des troncs d’arbre flottassaient nonchalamment à la surface, ça aurait aussi bien pu être des alligators en week end gastronomique. Aux hurlements poussés par un groupe d’étudiantes surexcitées rassemblées sur le rivage, on y a presque cru. Non, je n’ai pas la photo des étudiantes surexcitées, bien que je me rende compte maintenant que ça aurait pu grossir les rangs de mes lecteurs masculins…

Les eaux verdâtres du Caddo Lake et son ponton

Oui-oui, une araignée monstrueuse et velue se cache dans cette photo version « Where is Waldo? » Attends, t’as pas vu la suivante…

Ouaip, un monstre…

Si les photos fournissaient le son, tu m’aurais entendu glapir. Un peu comme la fois où l’Homme a voulu me présenter un iguane, en Floride, avec des griffes aux pattes, longues comme mon bras.
Avec tout ça, la descente du canoé n’en a été que plus rapide, même si nos tongs se sont enfoncées dans l’immonde gadoue, nos pieds aussi, et qu’en tirant sur la tong, la boue est remontée sur nos jambes en faisant un  » Ploc » des plus gracieux.
En tout cas, le Caddo Lake mérite le détour et a prouvé une fois de plus que le Texas a une diversité de paysages étonnants.



1 thought on “Caddo Lake, de l’écologie et des araignées velues”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *