L’école américaine (partie 2)

Mon fils est dans la Band, j’t’en ai déjà parlé peut-être?
Et bien ce matin, « la crème de la crème » – à prononcer avec un accent américain, s’il te plaît – de la Band, le Wind Ensemble, part en tournée dans les écoles élémentaires de notre petite ville: ça s’appelle l’Elementary Tour.
Les Beginners (les débutants) et la Symphonic Band ne font pas la tournée.
Pour l’occasion, mon grand a enfilé le Tuxedo -le smoking- qu’il lui a été remis et un bonnet de Noêl. J’te raconte ça genre super factuel, en vrai, j’étais hystérique: « Mon bébé en smokiiiing! » T’aurais dû voir sa tête en sortant de l’école avec son smoking à la main. Il souriait tellement large que je lui voyais la glotte.
Il est remonté à bloc, n’a même pas peur, parce que la Band lui a donné confiance en lui m’a-t-il dit dernièrement.
Et puis, je lui ai dit qu’il ressemble à James Bond. Sauf qu’on n’est pas trop habitué aux smokings dans la famille. Du coup, lorsqu’il a refusé de mettre les faux boutons noirs sur la chemise, j’ai pas moufté. C’était une erreur. Avec le noeud pap’, ça l’aurait fait. Grave. Parce que, oui, mon fils a un noeud pap’…

La chorale de l’école se déplace avec eux et « perform » avant eux: ils sont superbes. Les garçons en smoking et les filles en longues robes noires en satin et velours. Tous ont des bonnets de Père Noêl. La première représentation a lieu dans le gymnase de l’école SG, les maîtres et les maîtresses sont assis et finissent leur café. Pas d’inquiétude, ici, tout se passe toujours comme sur des roulettes.
Les élèves de notre école élémentaire sont pourtant nombreux. Notre fille est parmi eux et a raconté à ses copines que son frère va jouer. Environ quatre classes par niveau, 25 élèves environ par classe, sachant qu’il y a 7 niveaux dans l’école, du kindergarden, les riquiquis de 5 ans, jusqu’au 6th grade, les 11 ans. Belle tribu donc.
Pas un cri, pas une punition. Au moindre chahut du groupe, qui est quand même sacrément excité tu t’en doutes, les maîtresses lèvent une main, les enfants savent alors qu’ils doivent en faire autant et le silence s’installe à nouveau. C’est magique! J’en suis émue. Je pense très fort à la maîtresse de la maternelle, en France, qui braillait comme un veau qu’on égorge en permanence, qui hurlait sur les parents dans les couloirs « MADAME POTIN, L’OEIL DE VOTRE FILS A ETE REMPLI DE PUS TOUTE LA JOURNEE, JE N’APPRECIE PAS QUE VOUS L’AYEZ DEPOSE A L’ECOLE CE MATIN EN ESPERANT QUE JE NE VERRAIS RIEN! (Véridique)
Et racontait ses propres infections, dépressions ou euphories du moment à tout le monde.
Il y a eu aussi la maîtresse qui a brûlé son sous-tif en Mai 68 et n’en a jamais racheté après, selon toute vraisemblance, et donc exhibait ses tétons aux enfants et aux parents, sous ses tee-shirts blancs, quand la température était clémente.
Ah, les petits plaisirs du réchauffement climatique se cachent parfois dans des endroits inattendus.

Donc, les enfants sont assis en tailleur sur le sol. Un des choristes s’approche du micro et explique qu’il est un ancien de l’ école SG et demande aux autres anciens de lever la main. C’est du délire dans la salle, je t’ai déjà expliqué l’importance de l’appartenance à une école en Amérique.
La directrice est fière, son école est bien représentée dans le Wind Ensemble, l’élite de la Band.

La chorale peut maintenant entonner les morceaux « vedettes » des enfants:
Rudolf, the red nosed reindeer, Jingle Bells, etc…
Quand un des choristes apparaît, déguisé en Rudolf, c’est la folie et les petits tendent la main pour un « high five », c’est énorme! One Direction peut aller se recoiffer.
La Band prend la suite. Le Band director, qui a dit hier aux cuivres qu’ils jouaient « comme des pieds » -comme quoi c’est pas Bisounours Land non plus- fait un tabac quand il prend le micro et demande aux petits de reprendre les chansons en coeur ou de taper dans les mains. S’ensuivent Cowboys Christmas et Jingle Bell rock, Let it snow, etc…
Nous, on les a tous trouvé géniaux. A la fin, on a félicité le Band director, ses oreilles ne saignaient pas, c’est bon signe.
Après une standing ovation méritée et je suis impartiale, tu me connais, la sous-directrice prend le micro et demande aux petits de quitter la salle en rang d’oignons, dans le calme.
Et, devine quoi…
Ils le font. J’te jure, un truc de science-fiction. P’têt qu’ils les droguent ou les menacent. Je sais pas.
Pendant ce temps-là, la Band plie bagages. Chacun remballe son pupitre pliable, son instrument, range sa chaise et hop, en route vers une autre école.

Evidemment l’Homme a filmé. Evidemment je meurs d’envie de te montrer le talent de ces élèves, mais tu risques de t’ennuyer. Je sais bien comme il est difficile de s’intéresser aux passions des autres. Et je dois dire que je te trouve une grande patience: je suis tellement bavarde!
Mais je suis en admiration devant l’organisation et le professionnalisme et le dévouement de tout ce qui entoure l’éducation autour de moi. Je te le répète, je ne parle que de ce que je connais. Je suis épatée qu’un tailleur soit venu dans l’école de mon fils, ait pris les mesures de chacun des élèves concernés, ait fait des retouches, ait livré en temps et en heure.
Je suis étonnée de l’organisation immense que nécessite chaque match des écoles. La foule que cela implique, les Cheerleaders, les danseuses, la Band, les instruments, la chorégraphie et les airs mémorisés… Les chaperons, les coachs, les bus…
Chaque concert donné dans et en-dehors de l’école, le travail et la dévotion pour que tout ait l’air si naturel!
Et encore je ne t’ai pas parlé des « Pep rally », des élections de « Homecoming », de toutes ces manifestations qui émaillent l’année scolaire pour qu’elle soit plus agréable et aussi et surtout pour exciter le School Spirit.

Je ne t’ai pas expliqué que, oui, on paye tous les mois la trompette de notre fils, et que non, ce n’est pas donné. Tout comme nous payons pour ses cours particuliers proposés au sein de l’école. Mais, à chaque fois, on nous prévient qu’il y a un plan B pour les familles qui auraient du mal à joindre les deux bouts, « il y a toujours moyen de s’arranger ».

On est en Amérique après tout, et ici, tout le monde à sa chance, s’il travaille.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *