Cantine, obésité et lunch box (partie 1)

Je te répète souvent combien le Texas, c’est chouette. Aujourd’hui, j’ai décidé de parler d’un sujet sur lequel je me tais depuis trois ans et demi.
Trois ans et demi que je cherche comment aborder le sujet. Trois ans et demi que je peste quasi tous les matins. Trois ans et demi que je me demande comment je vais tenir un jour de plus. 
Ça risque de tenir du roman fleuve; aujourd’hui, je te parle cantine, obésité et lunch box.
Pour ceux qui ne sont pas familiers de ce concept, plus communément appelé dans ma tête,  « la putain de lunch box » il s’agit de préparer:
1- un repas appétissant, 
2- qui s’accorde aux goûts  alimentaires compliqués de ta descendance (made in France, ce qui a son importance sinon EVIDEMMENT que je leur refourguerais un « peanut butter jam » PBJ pour les intimes), 
3- qui n’a pas besoin d’un micro-ondes ni d’un couteau pour être dégusté (Malheureux! Et puis pourquoi pas un pique à glace?), 
4- qui est encadré de deux petits glaçons bleus, 
5- dans un joli petit sac à l’effigie de Hello Kitty pour ton enfant qui, par goût personnel ou par clairvoyance maternelle, se refuse à manger à la cafétéria de l’école. 
Au cours de notre première année texane, j’ai assisté aux repas de mes enfants tous les jours pendant un mois à la cafétéria. Ça aussi, c’était nouveau. Essaye un peu en France de taper l’incruste dans la cantine pour tenir compagnie à ton gosse pendant le repas de midi, et n’hésite pas à me raconter ton expérience en commentaire, hashtag « émeuteàlacantine ».
Ici, point d’émeute. Comme d’habitude, tout est parfaitement chorégraphié.
Les maîtresses encadrent les élèves et mangent en même temps qu’eux, épluchant une orange ici, ouvrant une brick de lait là.
Les enfants rentrent à la queue leu leu dans la cafet’, se dirigent vers le côté du comptoir qui leur est attribué et ils attendent en ordre dans un léger brouhaha, leur tour. 
Oui, un léger brouhaha.
Un feu de circulation est installé sur le mur, et il se doit d’être au vert. Si il clignote, les enfants doivent comprendre d’eux-mêmes qu’ils sont trop bruyants. Si ça passe au rouge, les maîtresses interviennent. J’t’explique parce que ça vaut le coup d’oeil.
Les maîtresses lèvent une main en l’air, en faisant un 0 avec leurs doigts, sans rien dire. Les enfants, ceux qui sont attentifs, répètent le geste et les autres qui bavassaient avec leur voisins ou faisaient carrément les cons- ce sont des enfants pas des zombies non plus- comprennent le message et au fur et à mesure, le silence s’impose. 
Il arrive, en début d’année, que les maitresses fassent usage d’un autre truc: elles mettent deux doigts sur leur gorge et expliquent aux enfants que si ils en font autant, ils sauront à quel moment ils parlent trop fort. Si ils sentent une vibration sous leurs doigts, c’est trop fort.
Tout ça, ça marche jusqu’à 10 ans. Je ne te cache pas que les 6e grades n’en ont -comment dire ça de façon imagée et réaliste?- oui, voilà: rien à péter et mon fils s’est plaint plus d’une fois que la classe s’était fait sucrer la récré pour cause de bordel dans la cantine.
En tout cas, ça fait quand même son petit effet quand tu es habituée à une maîtresse française qui hurle beaucoup. Je me souviens de ce jour en France où j’ai accompagné la classe à la piscine avec une autre maman. La maîtresse trouvait que les enfants étaient trop dissipés (rétrospectivement, à peine un feu orange) et avait trouvé bon de hurler que les deux mamans accompagnatrices s’étaient plaintes de leur manque de discipline (QUOI?). Et pour la première fois de ma vie et la dernière j’espère, j’ai entendu un gamin de huit ans me dire « je t’emmerde, madame » dans les vestiaires. 
Mais je digresse une fois de plus. 
Mes deux enfants ne parlant pas un mot d’anglais et la plus jeune n’étant pas habituée à manger ailleurs qu’à la maison, je n’allais pas leur faire ce coup-là. Ils en avaient déjà assez gros sur la patate en ayant quitté leurs potes, leurs familles, leurs instits, leur appart, leurs habitudes, sans que j’en rajoute une couche, du genre :
« -Ah ben non, maman ne vient pas à midi, maman a un blog à écrire. »
J’ai donc fait l’aller et retour deux fois par jour entre l’école et la maison pendant le premier mois, apportant religieusement la lunch box telle la petite maman mésange déposant la becquée à ses petits dans le nid douillet. Avec amour.

Tu parles.
La première année, mes enfants étaient dans la même école. C’était pratique. 
Bon, en fait, non. Ma fille en 1e année, mangeait à 10h30. Oui, le repas de midi. Du moins son repas de la mi-journée, parce que pour le coup on était loin de midi. Mon fils, lui, mangeait 3/4 d’heure plus tard. Les enfants se présentent par niveaux dans la cafétéria qui ne serait pas assez grande pour contenir toute l’école en une ou deux fois.
Je zonais donc dans le couloir, en attendant l’arrivée de ma progéniture. 
Ce qui était vraiment pratique, c’est que lors de notre première année passée ici, la cantine proposait deux ou trois repas par semaine qui étaient susceptibles de plaire à mes deux petits français: La baked potato (la pomme de terre en robe des champs), les spaghettis et la pizza.
Au fil de ces trois années, les menus ont évolué. Les pommes de terre et les spaghetti ont quasi disparu des menus, remplacés par des repas calamiteux. Note la persistance de la pizza. Je vais y revenir.
C’est le moment pour moi de te rappeler que les First Ladies américaines choisissent un cheval de bataille lorsque leur mari arrive au pouvoir. 
Celui de Michelle O., c’est l’obésité infantile. Elle a donc installé un potager dans le jardin de la Maison Blanche, histoire de rappeler que les légumes et les fruits sont comestibles même si ils poussent dans la terre.
Elle a aussi payé de sa personne. Elle a dansé et bougé sur les plateaux télés pour promouvoir son action. Ce qui lui a valu de s’entendre dire par un gentleman:  « She needs to drop a few ». (« Elle a besoin de perdre un peu ».)
Ma pauvre Michelle, je te le dis officiellement: «  Tout ça -le potager, la danse et les humiliations- n’a servi à rien. »
Dans un pays qui compte la pizza comme un légume à la cantine, comment peut-on lutter?
Comment peut-on habituer des enfants à manger équilibré lorsqu’à la cantine de leur école, on leur propose:

Disons que j’ai huit ans et que je mange deux repas à l’école par jour:
Lundi, au petit déj’, j’ai donc mangé du poulet servi avec des gaufres (no comment) parce que les céréales, c’est moins fun. 
A midi, j’ai vu la pizza, et je me suis dit, « Tiens, je vais prendre le légume ». Le soir, comme mes parents sont rentrés tard, ils ont acheté des hamburgers sur la route. 
Mardi, j’étais ravie, il y avait une pizza au petit déj’. C’est maman qui va être contente quand je vais lui dire que j’ai mangé des légumes deux fois dans la semaine. A midi, j’ai choisi les nuggets de poulet. Comme je n’ai jamais vu la vidéo qui explique comment on fait des nuggets de poulet sans poulet,  je me suis régalée… 

Sois patient, demain, promis je rentre dans le vif du sujet…


5 thoughts on “Cantine, obésité et lunch box (partie 1)”

  • Wauouh, c'est édifiant ! Dans le même genre, mes cousins dans le Connecticut devaient sortir dans la cour pour prendre de l'eau à la fontaine si ils ne voulaient pas de lait sucré aromatisé comme boisson…(je ne te raconte pas l'hiver !). Personne ne remet ça en question ? Et ce que je ne comprends pas, c'est que malgré ça, je n'ai pas vu tellement de gens en surpoids !

  • Je rêve! Ils sortaient avec la pelle pour accéder à la fontaine en plein blizzard?! Par contre, si tu n'as pas vu de personnes en surpoids à College Station, ça doit être pcq'ils sont tous jeunes et sportifs!

  • Je ne connais pas les détails, mais ça désespérait ma tante 🙂 Sinon, oui, c'est vrai que LA et College Station ne sont pas les endroits les plus représentatifs des US…Mais quand même, si j'avais mangé toutes les merdes qu'ils s'engouffrent, je ne saurais pas aussi fittée qu'eux !! Bon, après, comme tu le dis dans l'article suivant, on voit effectivement bien la différence quand arrive la vieillesse. Alors que mes grand-parents crapahutent encore en montagne, eux ont du mal à se déplacer sans déambulateur…

  • Hi,
    ton article me parle. Je n'habite pas aux US mais en Angleterre et même si ce n'est pas aussi grave qu'aux US, l'alimentation n'est pas vraiment équilibrée outre-Manche!
    On ne trouve pas les mêmes contenances mais les chips et barres chocolatées sont légions et le menu de la cantine te paraîtrait très équilibré en comparaison de celui de tes enfants. Toutefois je me rappelle avoir cru m'étouffer l'année dernière quand j'ai trouvé un petit mot dans la lunch box de mon fils m'indiquant que les bonbons étaient strictement interdits à la cantine (j'avais mis 3 petits oursons Haribo dedans). En revanche, j'avais le droit d'y glisser des twix, des kit kats… tant qu'il y a du biscuit dedans, c 'est permis (WTF!!!!).
    Donc mes 30 kcalories étaient bannies mais les 400 du twix étaient autorisées.
    J'avais très envie de leur dire ce que j'en pensais mais mon éducation m'a rattrapée 🙂
    Chaque jour, les enfants ont un gâteau ou de la glace en dessert à la cantine et chaque plat chaud est accompagné de pommes de terre rôties, de gravy (sauce). Le mercredi c'est pizza et le vendredi c'est fish and chips (une institution ici)!
    Mes enfants aiment bien la cantine, du coup j'essaie d'équilibrer le soir.
    Chaque fois que je vais aux Etats Unis je suis fascinée par la taille des bouteilles, des paquets de chips, des glaces ou par le rayon peanut butter! Et par les fauteuils roulants électriques!

  • Très bon le coup des "bonbons"! Pourquoi la présence du biscuit sous le chocolat et le caramel change-t-elle quelque chose?
    La maîtresse de ma fille a expliqué à la classe récemment que sans ses canettes de Coke quotidiennes, elle ne tiendrait pas… comme toi, j'avais envie de donner mon avis, mais bon, c'est se battre contre des moulins à vent.

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