Cantine, obésité et lunch box (partie 2)

A notre arrivée au Texas, j’ai eu l’impression d’entrer dans le dessin animé « Wall-E ». Beaucoup de personnes en surpoids qui ne savent se déplacer qu’accompagnées d’un tonneau de soda, et qui conduisent allongées, parce qu’il n’y a pas assez de place dans la voiture, une main sur le soda l’autre dans le paquet de chips.
Un copain canadien nous a dit récemment:  « Tu sais, aux US, on ne vieillit pas comme en Europe. Compare une personne de 60 ans en Amérique du Nord avec un européen de 60 ans, c’est incroyable. » 
Comment pourrait-il en être autrement? 
Est-ce que tu sais qu’il y a des chaises roulantes électriques en libre service à l’entrée des supermarchés? 
La plupart du temps elles ne sont pas utilisées par des personnes handicapées, elles sont utilisées par des personnes atteintes d’obésité morbide qui ne peuvent plus se déplacer. Et ce n’est pas de l’eau qui déborde de leur caddie, crois-moi!
De même, à l’école de ma fille, un jeune papa vient en voiture chercher son fils, avec une chaise roulante électrique, accrochée à l’arrière de son pick-up. J’ai pensé à un vétéran. Pas du tout! Il s’est garé sur une place handicapée, est sorti en marchant de sa voiture, a attrapé sa chaise roulante, s’est installé dedans et roulez jeunesse!
Il souffrait d’obésité à un stade dramatique et ne pouvait clairement pas tenir sur ses genoux bien longtemps.
Une de mes bonnes amies m’a avoué récemment avoir été « very chubby» (potelée). Elle m’a expliqué qu’un jour elle avait eu un déclic, avait décidé de se nourrir «comme une française » et s’était mise au sport. Toute sa famille souffre d’obésité, elle fait exception. Elle cuisine, y prend plaisir et enseigne à ses filles comment vivre une vie saine. 
Tu as noté le « comme une française »? 
La cuisine du Sud des Etats Unis est très riche et très grasse. La friture est omniprésente, et la mention « ne mange pas trop salé, pas trop sucré et pas trop gras» ferait s’étouffer de rire sur leurs chips des gamins devant leur télé.
A chacune de nos sorties, si il y a bien une chose à propos de laquelle je ne m’inquiète jamais, c’est la nourriture. Je n’ai pas dit que c’étaient des sorties gastronomiques, loin de là!
Tacos
Tacos au fromage, brisket et pico de gallo: une tuerie!
Je dis qu’il y a de quoi remplir des estomacs affamés au milieu du désert en Arizona, ou en rase campagne dans le Sud Texan. N’importe quel jour de  l’année. Si je me souviens bien, un dimanche sur les routes de France, à 15h, c’est loin d’être aussi commode!
A notre retour de Taos, au Nouveau Mexique, pour le week end de Thanksgiving: il neigeait, les routes étaient verglacées, on avait 12 heures de route à avaler. Lorsque le petit déjeuner bio dégotté à la sortie de la station nous a semblé un lointain souvenir, on a dû se contenter de chaussons aux pommes chimiques et de bouteilles d’eau « purifiée » achetés en faisant le plein, proposés entre les « corn dog » et les chips.  
Tu ne veux pas savoir ce qu’est un corn dog, crois-moi. 
Tu insistes?
J’ai investigué, j’ai goûté et j’ai des remontées acides rien que d’y repenser. Une saucisse plantée sur un bâton trempé dans la pâte à frire et frite. 
Faut aimer l’huile!
Corn dog
Corn dog
Si tu n’es pas convaincu et que tu trouves que je fais ma fine bouche, non seulement, j’ai peur pour tes artères mais en plus sache que neuf des dix états possédant les plus hauts taux d’obésité sont situés dans le Sud. Au niveau national, le Texas est classé 15e. Les populations les plus pauvres sont les plus touchées, de même que les populations afro-américaines et hispanos. En moyenne, de 2 à 19 ans, un enfant sur trois est obèse…
Je te parle des hormones, des antibios, des OGM? Je te raconte qu’une grande majorité des petites filles de 10 ans ici, a déjà vu avec bonheur la puberté lui tomber dessus?
A 10 ans, les gamines sont aussi grandes que moi, ont les seins que je n’aurai jamais et les garçons n’en parlons même pas. A cet âge-là, si ils parlent de jouer au docteur, crois-moi, ce n’est pas au Docteur Maboul…
L’un des sujets qui revient le plus souvent quand deux expats français se croisent, c’est la bouffe!
Ils se refilent au détour d’une conversation les bonnes adresses pour trouver LE saucisson qui fait illusion sans risquer sa liberté à la douane, une galette des rois digne de ce nom, le vin français à des prix défiants toute concurrence et autres victuailles pour festoyer dans le bonheur. 
Lorsque je fais mes courses, je dois malheureusement visiter plusieurs supermarchés: 
Celui où le pain est bon, celui où les fruits et légumes sont frais et bios, celui où la viande est « grass-fed » (nourri à l’herbe), celui où les poulets ont couru le plus loin et celui où je trouve du poisson l’oeil vif et clair.
Si je te raconte que le vin et les alcools forts s’achètent dans des supermarchés spécialisés, tu imagines le temps perdu. 
Combien de fois ai-je vu passer des articles sur les réseaux sociaux du genre: 
Que ramenez-vous de France? 
Qu’est ce qui vous manque le plus en Amérique?
Nous les Français, sommes malgré de nouvelles habitudes alimentaires peu recommandables, de fines bouches et notre tradition gastronomique nous suit finalement partout. Y a-t-il quelque chose qui m’agace plus que de voir des réactions de joie à l’annonce de l’ouverture d’un fast food dans ma région d’origine. 
Je n’ai rien contre les hamburgers et je repense même avec émotion à mon premier hamburger. Fait maison par une copine d’école, j’avais 15 ans. Elle a fait revenir des oignons, tranché des tomates juteuses, essoré de la salade verte, envoyé grésiller un steak hâché au fond d’une poêle et l’odeur qui s’échappait de la cuisine me taquine encore les narines… 
Pour en revenir à l’école et à son rôle dans l’éducation alimentaire des enfants, Vendredi, c’est Valentine’s Day Party à l’école de ma fille. Je suis volontaire pour aider la maîtresse et acheter quelques snacks. J’ai proposé des fruits et des pretzels. La maîtresse m’a demandé de m’en tenir à la liste: -chips et Cheetos. O joie!
On est super loin de la petite école de mon quartier Aixois où la directrice râlait quand une maman avait le malheur d’amener un gâteau qui n’était pas fait maison, pour fêter un anniversaire. Finalement, j’y repense avec nostalgie. Après tout, nous sommes français, tous des chefs potentiels aux yeux des américains, il y a un standard à tenir, non?



3 thoughts on “Cantine, obésité et lunch box (partie 2)”

  • Ah … Que ce sujet me parle … En pleine formation de coaching santé où j'apprends à expliquer tout ça à des familles américaines … Le cahier de recette proposé par la formation est désolant aux yeux de la Française que je suis, mais finalement adapté à la situation. Ex guacamole simple : écraser un avocat avec une cuiller de salsa en boîte …
    Et tes histoires de lunch box me font déjà peur, alors que mon premier bébé est encore dans mon ventre … Ma question d'ingénue : tu arrives à t'impliquer dans l'association des parents d'élèves qui théoriquement pourrait peut-être éventuellement influencer le menu ?

  • Les menus sont apparemment décidés à l'échelle de l'état: la secrétaire de l'école m'a expliqué lorsque nous sommes arrivés que TOUTES les écoles du Texas proposent des chicken nuggets tous les mercredis à midi, par exemple. Bon app'!

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