Théorie dite « de la merde et du ventilo »




J’avais prévu de te faire partager le nouveau projet de l’école élémentaire de ma fille depuis plusieurs jours et puis, les événements étant ce qu’ils sont, j’ai décidé d’étoffer un peu mon article.

Demain, l’école de ma fille va célébrer Veterans Day en musique, grâce à un concert-hommage donné par la Band de l’école de mon fils. Il s’entraine avec passion et commence à appréhender un peu: il va jouer deux solos. Tu imagines ma fierté et mon angoisse, surtout qu’il va jouer Taps, l’air de trompette joué aux funérailles des soldats américains.
Ma fierté est encore plus grande parce que ma fille a participé au projet de l’école qui rend hommage à tous les vétérans ayant un lien familial avec les enfants de l’école. Ainsi, elle a conversé avec ses deux grands-pères qui ont tous les deux servis pour notre grande et belle nation afin qu’ils soient eux aussi présents sur ce mur, nommés,  accompagnés d’une photo suivie de leurs années de service. J’en ai profité pour ajouter un hommage à mon frère, engagé dans l’armée de Terre qui a perdu la vie en 1995 en ex-Yougoslavie, sous les couleurs de l’ONU.
Inutile de te dire, qu’aucun de ces trois protagonistes ne pensaient un jour se retrouver honorés de la sorte sur le mur d’une petite école américaine. Je suis ravie que cela arrive, surtout que leurs affiches ont été traitées avec le même respect que celui apporté aux vétérans américains. Quelqu’un ayant même pris soin de trouver le logo de l’arme à laquelle ils appartenaient en France, et ça, ça m’a fait plaisir.
Je suppose que l’émotion sera intense demain matin, surtout que la Band va jouer les hymnes de chaque arme et que chaque vétéran dans l’audience est invité à se lever pour que l’on puisse lui faire une ovation. Ce n’est évidemment pas une surprise qu’ici, on puisse cultiver le respect de ceux qui donnent leur vie pour leur pays.
Et puis, je ne peux évidemment pas passer sous silence l’élection du nouveau President des Etats-Unis. Je dois reconnaitre que, comme la plupart des expats français aux US avec lesquels j’ai un lien sur les réseaux sociaux, je suis toujours sous le choc.
Je tiens tout d’abord à te dire que la réaction de la communauté française des USA m’a d’abord réconfortée. Quand on est contrarié, on aime bien l’être à plusieurs et se réconforter, s’encourager ou le cas échéant râler et se plaindre. Et là me revient en tête une expression imagée apprise peu après notre arrivée ici: « When the shit hits the fan » (quand la merde frappe le ventilo), et ouais, l’idée, c’est qu’il y en aura pour tout le monde!
Ironie du sort, la copine qui me l’a apprise à fort probablement voter Trump, exutoire de sa haine pour la clique à Clinton, comme beaucoup d’américains.
C’est ce matin au réveil, que l’on a trouvé le message envoyé par un de nos copains texans, court, concis mais pas moins explicite:  « fuck ».
Je pense aussi à ce couple formidable de dames rencontrées à Austin qui m’avaient dit, six mois en arrière, s’être renseignées pour émigrer  au Canada. C’était la première fois que j’entendais ça!
C’est la grande majorité de mes voisins et concitoyens qui doit être heureuse. Surtout ceux qui s’amusaient à harmoniser leurs panneaux « Trump », « Say no to abortion », et « Hillary for prison » avec leurs pétunias, et les arrangeaient inlassablement tous les deux jours, en formation diamant, en quinconce et en rond depuis le mois d’Août. 
Je ne suis pas une experte en politique et je ne vais surtout pas me ridiculiser en te livrant une analyse politique de mon cru. Je crois que si tu as besoin d’en savoir plus, il y a assez de gars, là dehors, qui ne demandent qu’à être écoutés, quitte à dire un gros tas de conneries.
Je ne souhaite qu’une chose c’est que la haine qui sort de la bouche de ce monsieur ne donne pas une légitimité à tous les autres. Après tout, pourquoi s’encombrer de gêne et de bienséance ou de respect quand ton propre président n’en a aucun. Que le pire en l’homme me surgisse pas dans notre quotidien de façon naturelle sous prétexte qu’un chef d’état se permet des sorties indignes de son statut.
J’ai donc donné pour consigne aux enfants de ne pas parler des élections et de ne surtout pas se mêler des discussions qui risquaient d’en découler. 

On va assister maintenant au bal des faux culs et ça, ça va mériter de se délecter devant la télé de ce petit cidre breton que j’ai acheté en vendant un rein hier. Tous ceux qui ont bouffé du Trump après chacun de ses coups d’éclat en promettant de ne pas le soutenir, de ne pas voter pour lui, tous ayant des raisons légitimes de le faire tout en étant dans son camp, vont maintenant recourir à la séduction pour obtenir ses faveurs. 
George W. Bush, malgré tout ce qui nous sépare, je te le dis, ton vote blanc est une des rares choses qui m’ait fait jubiler ce matin, bon ça et aussi ce tweet qui disait:  
« Nous recherchons toute personne ayant eu un contact avec une bonne nouvelle en 2016, votre témoignage est important ».



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