Thanksgiving, les Cowboys et les Indiens.






Je suis un peu comme Michelle Obama. La ressemblance avec l’incomparable Flotus n’est pas évidente au premier abord. Mais elle a raconté l’autre jour à je ne sais plus quel journaliste, que ces derniers temps elle avait l’impression de faire certaines choses pour la dernière fois à la Maison Blanche. L’heure de mon dernier diner d’état n’a pas encore sonné, mais j’ai un peu la même sensation. Notre dernier Thanksgiving pointant le bout de son nez, on s’est demandé comment le célébrer. 

Ici, Thanksgiving c’est aussi important que Noêl en France. D’ailleurs les voisins ont retiré les décorations d’automne pour installer celles de Noêl depuis début Novembre. Les sociétés de décoration sont en plein boum et tous les jours on assiste aux périlleux accrochages de guirlandes lumineuses le long des toits des maisons. A la nuit tombée, on devine les sapins installés derrière les fenêtres qui disparaitront dès le lendemain de Noêl.
Certains autochtones s’étonnent toujours que les Français ne fêtent pas Thanksgiving. Au cas où tu l’aurais oublié, je te rappelle que Thanksgiving, c’est le premier repas partagé par les indiens et les colons. Enfin, ça c’est la version courte et édulcorée: pour le folklore et surtout pour éviter de couper l’appétit de tout le monde le dernier jeudi de Novembre venu.

Thanksgiving tel qu’il est enseigné aux enfants dans les écoles est une preuve supplémentaire de l’ethnocentrisme des Américains selon certains historiens. La plupart des gamins croient que les premiers habitants de leur pays sont arrivés glorieusement sur le Mayflower en 1620 du côté de la Nouvelle Angleterre, qu’ils n’avaient rien à manger, que l’hiver arrivait et qu’ils n’avaient aucune chance de s’en tirer vivants. Heureusement, les Indiens du coin ont eu pitié de ces pauvres colons et leur ont apporté de quoi se sustenter, la fameuse dinde et le maïs. 
Dans cette version épurée, on oublie l’implication des Espagnols, des Français et surtout l’existence d’un peuple, sur ces terres avant l’arrivée de « l’homme blanc ». 
La vérité est quand même plus triste et moins glorieuse et je te rappelle au passage qu’il s’agit de nos ancêtres européens. 
Bref, quelques épidémies plus tard, gracieusement offertes par les premiers européens à faire la traversée en compagnie de bétails, virus et bactéries en tous genres, la résistance des tribus indiennes est toute relative dans le Nord Est. Les Colons, fraichement arrivés  sur le Mayflower, n’hésitent donc pas à s’installer dans les anciens villages indiens dont les habitants ont été décimés. Sur les écrits des premiers colons, on peut lire que ces épidémies les épargnent parce que « God is on our side» (Dieu est avec nous). La fameuse légende du bon indien, Squanto, qui fait don de victuailles aux colons par bonté pure est légèrement plus compliquée et plus longue tu t’en doutes.
L’homme en question avait traversé plusieurs fois l’Atlantique en tant qu’esclave et quand il est enfin retourné dans son village, il a découvert que sa tribu n’existait plus, ravagée par les épidémies. 
De toute façon, Thanksgiving n’est pas si ancienne, c’est Lincoln qui en 1863 en a fait une fête nationale qui n’avait rien à voir avec les Colons.
Aujourd’hui, il s’agit surtout d’une occasion de rassembler les familles et de partager un repas. La première année de notre arrivée, nous avons saisi l’occasion pour visiter la Louisiane et La Nouvelle Orléans. La deuxième année, j’ai jeté un canard dans le four parce qu’au-delà d’une célébration, pour nous, c’était surtout l’opportunité de tomber sur des victuailles rares le reste de l’année dans les supermarchés. Il a fallu attendre la troisième année pour célébrer Thanksgiving avec des amis texans. Dans leur invitation, on sentait la pression gastronomique: « Nous porterons nos pantalons à taille élastique, vous pouvez en faire autant ». 
Ils nous ont cuisiné un repas délicieux, une dinde farcie et tout un tas d’accompagnements comme le veut la tradition. Au début du repas, on s’est plié avec enthousiasme à la tradition: on a cité pour qui ou quoi on était reconnaissants. On a fait bombance avec un grand plaisir chez nos hôtes texans. Puis, le moment le plus important de la journée a sonné: le match de Thanksgiving. 
Si tu es friand de séries américaines notamment Friends, tu sais qu’il y a deux moments très importants le Jeudi de Thanksgiving: le matin,  il y a la parade retransmise à la télé, en direct de New York et un peu plus tard le match de foot. 
J’ai entendu dans un film à charge sur le foot US une boutade qui disait à peu de choses près: « Tu t’attaques à la NFL? Mais tu sais que ces mecs sont tellement puissants qu’ils sont propriétaires d’un jour de l’année ». 
L’été est dévolu au baseball, Noêl au basket, Thanksgiving est définitivement dédié au foot. A mon grand plaisir, les Dallas Cowboys jouent pour Thanksgiving, tous les ans. Je sais que tu ne t’intéresses probablement pas au foot US sauf au moment du Super Bowl pour les publicités et la mi-temps de folie. Alors je ne te raconterai pas que les Cowboys ont gagné neuf matchs d’affilée. Je ne te raconterai pas non plus les déboires de la star Tony Romo, le quarterback de l’équipe et ses blessures à répétition, ni l’arrivée de Dak Prescott, le rookie quarterback qui l’a officiellement détrôné et qui a marqué 17 touchdowns pour seulement deux interceptions. 
Ça me laisse donc de la place pour te dire que cette année, on célèbre Thanksgiving comme on aime, en avalant les kilomètres à travers les Etats-Unis. On a trinqué l’année dernière avec une margarita et des nachos au green chile à Taos. Cette année, on va trinquer sous les flocons du Colorado. 
Je te laisse sur cette citation trouvée au détour d’un article traitant de la réalité de Thanksgiving, elle m’a paru étrangement d’actualité: 
« God on our side » was used to legitimize the open expression of Anglo-Saxon superiority vis-à-vis Mexicans, Native Americans, peoples of the Pacific, Jews, and even Catholics. Today, when textbooks promote this ethnocentrism with their Pilgrim stories, they leave students less able to learn from and deal with people from other cultures. » James W. Loewen Lies my teacher told me 2007





Traduction de mon cru:
L’expression « Dieu de notre côté » était utilisée pour légitimer ouvertement la supériorité des Anglo-Saxons sur les Mexicains, les Indiens, et les peuples du Pacifique, les Juifs et même les Catholiques. Aujourd’hui, quand les livres mettent en avant cet ethnocentrisme avec leurs histoires de Pères Pèlerins, ils laissent les élèves incapables d’apprendre et d’échanger avec des gens d’autres cultures. »






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