The Son

 

 

 
Je suis toujours ravie d’avoir des commentaires sur mes articles. Je trouve ça super gratifiant quand je constate que la personne qui a commenté n’est pas ma mère, j’ai l’impression de recevoir le Pulitzer.
C’est en lisant un commentaire concernant mes enfants dernièrement que j’ai repensé à la responsabilité qui pèse sur les épaules des parents en expatriation. 
Lorsque nous avons quitté la France, notre fils de 10 ans n’était pas motivé du tout et partait clairement à reculons. Il n’avait pas envie de quitter sa famille, ses copains, son école et le parc où il passait ses mercredis depuis ses 2 ans. 
Il s’est adapté malgré tout, d’abord parce qu’il est un enfant facile et gentil et aussi parce que les professeurs de sa nouvelle école étaient affectueux, compétents et compréhensifs. 
Sa prof de sciences a tout de suite conquis son coeur en lui montrant une bestiole morte, bouffée par les vers près de l’école, suivi d’un serpent à la piqûre mortelle lors d’un sortie scolaire. Ils étaient sur la même longueur d’ondes. 
La prof d’anglais nous a assuré que notre ainé était épatant tous les jours pendant six mois; la prof de maths quant à elle, associait pédagogie et jeux avec succès, bref, la vie était belle. 
Question amitié, notre fils a dès la rentrée été accueilli par un garçon jovial et joufflu qui lui parlait avec les mains, et dont l’oncle travaillait à l’entretien de l’école. Alors que l’année avançait, le gamin s’est montré de plus en plus lunatique et désagréable, jusqu’au jour où il a annoncé qu’il déménageait et a lâché sa bombe. « C’est mon oncle qui m’a demandé d’être copain avec toi au début de l’année, parce qu’il travaille à l’école, en fait, j’en ai jamais rien eu à faire de toi ».
Inutile de dire que la culpabilité parentale s’emballe grave. Non seulement, tu as envie de traiter un dix ans d’enfoiré mais en plus ton fils a le coeur brisé et tu en es responsable, indirectement.
C’est vrai que l’expatriation, c’était notre rêve et c’était surtout un choix ce n’était juste pas le sien. 
C’était notre rêve de montrer à nos enfants un nouveau pays et de partager avec eux de nouvelles richesses malgré l’appréhension, les efforts et les sacrifices.
Aujourd’hui, si on arrive à affronter la frustration du retour et les contrariétés quotidiennes inhérentes à l’impatriation, c’est grâce à tout ce que l’on a vécu là-bas.
Ils ont voyagé, beaucoup, ils ont rencontré des personnes de tous les milieux, des très riches qui se perdaient dans leur grande maison et des copains très pauvres qui mangeaient rien le weekend. Ils ont rencontré des ultra-conservateurs sympathiques, des progressistes hilarants. Ils ont goûté des plats nouveaux avec quelquefois des ingrédients étranges. Ils ont vu des amoureux de tous les âges et de tous les sexes se tenir par la main et parler d’amour. Ils savent que le champion du Texas de lutte féminine est un garçon. Ils ont vu des nanas s’exhiber à demi-nues à La Nouvelle-Orléans et des familles vivre dans des cartons à Los Angeles. Ils ont vu la mort au cimetière d’Arlington et l’Alamo, et ont visité Gettysburg.  Ils citent JFK et connaissent MLK. 
Ils mettent leur main sur le coeur quand ils chantent l’hymne américain et parlent anglais couramment. 
 
Mais ce qu’ils ont réellement appris pendant ces cinq ans, c’est accepter les autres et leurs différences parce qu’ils savent ce que c’est d’être celui qui est différent.
 
Après avoir été le « Frenchy » au Texas, il est « le Texan » en France.
Ouray, Colorado.
 
Quand on est parent, on fait du mieux que l’on peut même si ça n’est pas toujours très réussi. Je leur rappelle généralement que c’est du carburant pour leurs futures visites chez le psy, où ils pourront à loisir déblatérer sur leurs égoïstes parents qui les ont forcés à vivre cinq fantastiques années d’enfer texan.
Alors il est toujours amusant de recevoir des reproches et des conseils de personnes qui assises derrière leur écran, n’ont jamais vécues à l’étranger, n’ont pas d’enfant ou n’ont pas un sou de psychologie. 

 

Je crois que même si à cause de nous ils ont été stressés quelquefois, si ils ont eu peur, trop froid ou trop chaud, ça valait le coup et je repartirais à la minute, avec eux, là ou ailleurs, si ça se présentait à nouveau.
 
 
Le Grand Canyon, North Rim, Angels Window.
 


13 thoughts on “The Son”

  • …et la suite? Tes articles sont trop courts … au moment où on est bien dedans (bien=bien-être confortable) hop tu coupes court! Les plus frustrés c’est nous tes lecteurs! Alors continues… le psy de tes enfants écrira à la suite de leur entrevue sûrement un beau livre d’histoire…

  • Tu me fous la chiale !! À chaque article, j'ai un ptit peu une poussière dans l'oeil, ou bien je ris aux éclats. L'authenticité de ton écriture me replonge dans la chaleur de votre foyer.. bref, vous me manquez <3 <3 <3

  • Hey miss Pulitzer, encore un article qui m'a bien ému et qui me parle. Quand on a annoncé à ma grande qu'on demenageait aux US elle a pleuré. Ensuite une fois ici, au debut, elle demandait encore combien de temps avant le retour en France. Puis après quelques temps, "ok pour rester un peu plus longtemps". Et maintenant mes enfants ne veulent plus repartir. J'appréhende l'annonce du retour, si on rentre. Au plaisir de te lire.

  • Je me souviens du post que tu avais publié à propos de cette horrible histoire de gamin qui fait semblant d être le copain de ton fils. Je t'avais racontais à l'époque notre mésaventure de cette petite copine américaine qui devait venir à la maison, le gâteau fait avec amour par mes puces a été mangé sans elle et dans les larmes…
    Les gens savent toujours mieux que nous, c'est dingue. Combien de fois ai-je entendu "mais attends, ton fils est au lycée, il va perdre une année précieuse de lycée pour passer un an aux États-Unis???".
    Euh, comment dire ?! Si tu savais le bien que ca a pu lui faire ! La richesse de l'expérience ! Les visites, road trips, les rencontres !!!!
    C'est toujours ceux qui ne savent pas qui se la ramènent, ça m a toujours épatée…

  • Franco-américaine et grand-mere, votre article me fait rudement plaisir, et l'episode du petit américain qui faisait semblant d’être le copain.. oui, c'est encore plus intéressant parce que cela montre la nuance entre le mot "ami" et le mot "friend". Les sentiments sont intraduisible. Ceci dit, l'experience restera chez vos enfants et sera benefique. Je reviendrai vous lire. Continuez. ( comment se passe la réadaptation a la vie française ? )

  • Bonjour,

    Merci pour cet article très fluide et qui me touche beaucoup ! Nous en sommes à notre 3eme pays avec les enfants et mesurons toute la chance que nous avons de les voir faire les efforts nécessaires pour s'adapter et vivre nos aventures positivement ! Pour autant je discutais hier avec une maman qui en était à son enieme oays avec ses 3 enfants et qui me parlait de sa prochaine destination probable … des problèmes d'écoles … et la je me suis dit :"ok , partir en expat avec des enfants c'est une formidable aventure et c'est leur ouvrir le scope des possibles de manière fabuleuse ….. mais attention quand même a bien suivre nos enfants , les accompagner , les aider même si tout à l'air d'aller bien…. parce qu'il ne faut pas se voiler la face quand même. Les ajustements dus à ces changements sont extrêmement exigeants pour toute la famille. Cela ne se fait pas tout seul."

  • Bel article, once again!! En effet, les enfants venus vivre ici apprennent vite que "everything is bigger in TX..", les paysages, les emotions,la taille des verres de fountain drinks, le nombre de nationalités que l'on croise et les catastrophes aussi!
    Une leçon pour la vie? Encore faut-il arriver à maîtriser sa propre culpabilité d'avoir laissé sa famille là-bas, en France.. Voilà, on voudrait aussi qu'ils n'en sortent pas blasés de tous ces changements, et qu'ils gardent ce petit bout de vie en Amérique comme un lumineux moment de leurs jeunes années! Courage pour ces nouveaux changements à l'envers dus au retour! Amitiés,
    Frederica

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